Luna
Causholli

Photos par Adnan Beci, propos recueillis par Briseida Mema et Camille Bouissou
1
Moi, je jouais au foot avec les garçons du quartier. À l’époque, il n’y avait pas d’équipes pour les filles. À chaque fois qu’on allait se renseigner avec mon père, il n’y avait que des équipes de garçons, et ils ne laissaient pas les filles jouer avec eux.
Alors je jouais avec les garçons du quartier, et on se débrouillait comme ça. Certains avaient cinq ou six ans de plus que moi. Moi, j’avais dix, onze ans.
Je jouais plutôt bien, en tout cas, je n’ai jamais cassé le nez de personne avec un ballon. J’adorais le foot, c’était une vraie passion. Jusqu’au moment où je me suis dit : soit je continue ça, soit je fais quelque chose d’encore plus beau.
Et c’est là que la musique est arrivée.
Alors j’ai laissé tomber le foot, en partie aussi parce que je n’avais plus vraiment d’équipe où jouer.
2
Quand je suis arrivée à l’école, dès le CP, j’ai été harcelée. Parce que je jouais au foot comme un garçon.
Mais c’était qui j’étais, et je devais rester moi‑même.
J’ai très mal vécu cette période, mais grâce à Dieu, ma famille était là. Elle a toujours été là pour moi, chaque fois que j’en ai eu besoin.
3
Nous, les filles, on veut pouvoir être qui on veut. Comme on est, comme on a envie d’être.
Je peux être calme, je peux être spirituelle, je peux être féminine. Mais je peux aussi être rebelle, je peux aussi être masculine.
Je peux aussi être cette fille qui adorait le foot.
Mais au fond, pour être honnête, la vérité, c’est que je suis heureuse d’être une fille.
5
Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, on rencontre forcément des difficultés. Mais d’une manière ou d’une autre, nous, les filles, on s’en sort toujours.
Peu importe les obstacles qu’on rencontre dans la vie — que ce soit à cause des garçons ou à cause d’autres filles — on finit quand même par s’en sortir.
6
Il y a une expression, un mot — që është një fjalë që quhet — quelque chose comme le mot “girlhood”.
7
Et c’est l’une des plus belles choses qui existent : voir les filles se soutenir entre elles.
Être ensemble, rire ensemble, se soutenir les unes les autres.
C’est quelque chose de très beau, de très rare, et franchement pas si facile à trouver aujourd’hui.
8
« Celle‑là s’habille mal. Celle‑là s’habille comme un garçon. Non mais celle‑là, elle se maquille trop. Celle‑ci fait ci, celle‑ci fait ça… »
Franchement, I don’t care. Ça ne m’intéresse pas.
Ou plutôt — pardon pour l’expression — I don’t give a shit.
9
Ici, en Albanie, les gens jugent énormément. Ils jugent…
Comme s’ils n’avaient pas assez de leur propre vie et qu’ils avaient absolument besoin de s’occuper de celle des autres, juste pour la gâcher.
10
J’ai quand même l’impression que le monde ne comprendra jamais vraiment l’égalité de genre.
Il ne comprendra jamais que les femmes sont ce qu’elles sont, et qu’on devrait les valoriser, pas les juger.
Mais nous, les filles, d’une façon ou d’une autre, on finira par leur dire : ça suffit.
Vous nous avez assez jugées.
On est là.
Et on va faire de notre mieux.
Je m’appelle Luna Causholli, j’ai 21 ans. Je suis étudiante en Arts de la musique, en dernière année de licence. Je suis chanteuse et autrice-compositrice. La musique est ma passion ! Si l’on parle de vraie joie, ma plus grande joie a été la naissance de mes deux petites sœurs.
Mon plus grand défi a été de me comprendre moi-même et de gagner en confiance en moi, la musique m’a aidée. Je suis fière de ma famille, grande et unie. Je suis aussi très reconnaissante d’avoir une telle capacité à créer. Un talent que je transformerai en art, et qui, je l’espère, aura un impact positif sur ma génération, sur ce qu’elle pense et fait
dans la vie.

"Quand je suis arrivée à l’école, dès le CP, j’ai été harcelée. Parce que je jouais au foot comme un garçon. Mais c’était qui j’étais, et je devais rester moi‑même."


"Mais au fond, pour être honnête, la vérité, c’est que je suis heureuse d’être une fille."

"D’une manière ou d’une autre, nous, les filles, on s’en sort toujours."
#Girlhood


"Ils jugent… Comme s’ils n’avaient pas assez de leur propre vie et qu’ils avaient absolument besoin de s’occuper de celle des autres, juste pour la gâcher."

"Vous nous avez assez jugées. On est là. Et on va faire de notre mieux."
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