À propos
Cette exposition est née du besoin d’écouter les femmes des Balkans, de gratter derrière les stéréotypes que le reste de l’Europe plaque sur leurs vies, de déconstruire les clichés et de partir à la recherche de leurs réalités.
De Londres ou de Paris, on les imagine en cuisine, un fichu sur la tête ; dans les rues, vêtues de jupes trop courtes qu’on se plaît à imaginer imposées par un male gaze dont elles seraient incapables de s’extraire. On les plaint : victimes, soumises, nécessairement faibles. La violence existe, comme toutes les femmes du monde elles doivent lutter contre.

« On m’a toujours dit : “Laisse tomber les études, cherche un mari, fonde une famille.” » raconte l’une.
« Aujourd’hui… je ne peux pas dire que la femme ait conquis sa liberté, parce qu’elle reste sous pression. » répond une autre en écho.

Mais leurs vies sont tellement plus vastes. Leurs joies plus brillantes, leurs rires ont aussi le droit de résonner.
Plutôt que d’écrire, décrire à leur place leurs luttes et leurs bonheurs, nous avons voulu écouter neuf d’entre elles, devenues pour nous des icônes, preuves vivantes de la force qui porte les femmes de cette région.
De Tirana à Banja Luka, d’une mine à un atelier, les histoires ordinaires de ces femmes extraordinaires racontent une région dans ce qu’elle a de plus intime.
Au fil de leur récit s’est mise à résonner de plus en plus fort la fierté d’être femme. Une fierté optimiste, lumineuse. Façonnée, entre autres, dans la lutte contre un patriarcat qui a voulu les faire taire, les empêcher de jouer au foot, les renvoyer à la cuisine ou à la maternité, a ri de leurs compétences.
Un patriarcat qui a pourtant dû leur concéder des droits- le droit de vote (1946, 1947), de disposer de leur corps (1974, Yougoslavie), de travailler. Dans ces libertés, elles ont pris une place — que, par endroits, on veut leur retirer.


Leurs frères, leurs maris, leurs pays ; les touristes, celles et ceux qui ont trouvé leurs jupes trop courtes, leurs cils trop longs pour être féministes ; celles et ceux qui ont vus leurs sourires trop rares ou leurs vêtements trop rêches pour être capables de joie… le jugement est partout. Il a pesé sur leurs vies ; elles l’ont dépassé, extraordinairement fortes.
Dans cette exposition, elles montrent leur monde : leur atelier, leur garage, leur cave. Elles posent en (se) jouant de cette idée de ce que doit être une femme. Comme une peau dont on nous aurait enveloppées ; une peau qui gratte, qui n’est pas à la bonne taille, et dont on ne peut s’extraire qu’au prix de nombreuses contorsions.
De la liberté à l’apparence, de la maternité à l’économie, leurs voix se mêlent pour dessiner ce que veut dire être une femme dans les Balkans — et au-delà.
En 2026, donner la parole à cinquante pour cent de l’humanité reste un acte politique. Nous espérons sincèrement que leurs récits seront entendus.
Informations
Les photos ont été réalisées par des collaborateurs de l’AFP dans les Balkans – Adnan Beci en Albanie, Elvic Barukcic en Bosnie, sous la direction d’Andrej Isakovic. Camille Bouissou a assuré la curation et les interviews, avec l’aide précieuse de tous les journalistes de l’AFP dans les Balkans. Le soutien du groupe L’Oréal a rendu cette exposition possible.
Remerciements
Mina Pekakovic
Rusmir Smajilhodzic
Briseida Mema
Ogjnen Zoric
Sanja Burg
Suzana Stojicic
Nenad Brankovic